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où est le dialogue ? le 29 juillet 2006 par Laurent

En tournée d’Aliénor exagère ! avec Solène, Hadrien et Limengo, je me fais cette réflexion : ce qui importe au théâtre aujourd’hui - si tant est qu’on lui destine un vrai rôle social - n’est pas tant DE QUOI NOUS ALLONS PARLER AUX GENS que ALLONS PARLER AUX GENS. Le fait est que le théâtre majoritaire ne parle pas aux gens. Au sens premier du terme : il ne leur adresse pas la parole. A partir de là, peu importe de quoi il parle, et a fortiori son style de langage et son esthétique scénique.

Le théâtre issu de la seconde guerre mondiale aurait accompagné la tendance de la société occidentale au repli sur soi, à l’abandon du dialogue. Ce théâtre aurait traduit une tentation de ne plus croire en la personne humaine vue comme un être en interaction avec le monde. Cela s’est notamment traduit par un théâtre tenté d’abandonner les notions de personnage, de dialogue et d’histoire. Mais cela s’est aussi traduit - et cela, on en parle moins, sans doute parce que c’est un symptôme plus profond, moins apparent - par un renoncement au dialogue entre les acteurs et les spectateurs. On aurait renoncé à croire que ça serve à quelque chose de se parler. A partir de là, on aurait tenté d’initier, au théâtre, un autre usage de la parole : le soliloque, l’analyse, la transe, le cri, le langage mécanique, autistique, etc. Mais en renonçant au dialogue entre artistes et spectateurs comme fondement du théâtre, on s’est résigné à ce que le théâtre entre dans le domaine de la marchandise, section loisirs, rayon image. Si bien que le théâtre ne joue plus un rôle social direct (comme la tribune des politiques, le jugement du tribunal, le championnat sportif), mais indirect comme le disque, le livre ou le film. Et nous voilà dans l’ombre de ce grand frère le film (demi-frère, en réalité) qui nous cause tant de complexes.

Ceux qui ont renoncé au dialogue avec les spectateurs sont aussi ceux qui ont renoncé au théâtre populaire. Ceux qui ont renoncé au théâtre populaire sont aussi ceux qui ont renoncé au dialogue avec l’Autre. Il est temps que se lèvent ceux qui pensent que le dialogue n’est pas encore inutile : ceux pour qui un théâtre qui parle aux gens ne résoud ni les problèmes politiques, ni les conflits sociaux, ni les soucis existentiels, mais ENCOURAGE A ETRE HUMAIN.

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